Horizon Zero Dawn : l’odyssée fantastique de Guerrilla Games

En exclusivité sur PS4

Horizon Zero Dawn, est signé par le studio Guerrilla, qui nous avait plutôt habitué à des FPS. Mais avec Horizon, les Hollandais changent de cap et nous proposent un grand jeu d’aventure, à très forte connotation RPG. Après d’alléchants trailers, il est enfin temps de tester le jeu (testé sur une version fournie par l’éditeur).

Une claque annoncée

Je me revois encore, pendant l’E3 2015, découvrant ébahi une nouvelle licence lors de la conférence de Sony : Horizon Zero Dawn ! Tel était le nom de ce nouveau titre réalisé par le studio hollandais Guerrilla Games. Celui à qui l’on doit notamment la série Killzone. Le jeu était annoncé comme une exclusivité PS4, pour 2016. Sans doute l’une des plus grosses licences exclusives pour le constructeur japonais.

Un an plus tard, Horizon en remettait une couche, toujours lors de l’E3, avec un nouveau trailer. Les images étaient toujours aussi scotchantes, mais une mauvaise surprise attendait les joueurs en fin de vidéo. On apprenait que le jeu était reporté à mars 2017. Flûte alors !

On se consolait alors en se disant que ce titre, dont le développement avait débuté en 2011, était plus proche de sa sortie que de ses premiers codages. Du coté de Sony, la communication nous confirmait qu’Horizon était LE jeu à coté duquel nous ne devions pas passer.

D’autant qu’autour du jeu, on retrouve du beau monde. Le scénario a été écrit par John Gonzales, auteur de celui de Fallout : New Vegas. C’était avant qu’il ne rejoigne les rangs de Guerrilla. Pour faire tourner Horizon, les développeurs ont réutilisé le moteur graphique de Killzone : Shadow Fall, qu’ils ont cependant pas mal amélioré.

« Ah, les fous ! Je vous hais ! Soyez maudits jusqu’à la fin des siècles ! »

Oui je sais ! Cette citation semble sortie de nulle part ! Pourtant, en voyant les premières traces de civilisation ancienne dans le jeu, j’ai tout de suite imaginé Charlton Heston, à genoux, les yeux levés au ciel :

Oh mon Dieu… C’est pas vrai… C’est pas possible… Deux mille ans plus tard, nous étions revenus sur la Terre. Ce monde de cauchemar c’est la Terre. Ah les criminels ! Ils les ont fait sauter leurs bombes ! Ah, les fous ! Je vous hais ! Soyez maudits jusqu’à la fin des siècles !Taylor, La Planète des Singes (1968)

Bref, je m’égare ! Mais un peu de culture n’a jamais fait de mal à personne 😉 Tout cela pour vous parler du pitch du jeu… Et la référence à La Planète des Singes n’est pas innocente, puisque comme dans le film de  Franklin J. Schaffner, ce que l’on suppose être notre civilisation a tout fait péter, et s’est autodétruite. Et les survivants gèrent la crise !

Nous nous retrouvons donc dans un monde post-apocalyptique, 1000 après notre ère. Rien à voir cependant avec l’habituel cliché cyberpunk. Ici pas de punks au look « cuir et pointes façon SM », au volant de bolides survitaminés. Les scénaristes d’Horizon ont eu la brillante idée de nous proposer une autre vision du futur, plus originale. Et plus écolo aussi.

Dans Horizon, la Nature a repris ses droits. La végétation est redevenue luxuriante. Les vestiges de cette civilisation oubliée sont drapés dans des racines, du vert à perte de vue. Les petits oiseaux gazouillent sur d’antiques statues équestres, et les immeubles éventrés se fondent désormais dans la forêt.

Retour à l’Âge de Pierre

La civilisation humaine s’est reconstruite. Les survivants se sont réunis et vivent une vie primitive au sein de tribus. Avec leurs traditions, leurs rituels. Comme cette coutume consistant à punir les « criminels » en les excluant de la société. Ils deviennent alors des « parias », pour une durée qui dépend de leur crime, pouvant aller jusqu’au bannissement à vie.

Mais la suprématie des humains sur la nature leur a été usurpée par les machines ! L’homme n’est plus le super-prédateur qu’il a été. Désormais, il craint ces créatures mécaniques, bêtes sauvages ou dinosaures-robots d’origine inconnue. Elles deviennent mystérieusement de plus en plus belliqueuses. Pourquoi les machines ont-elles été soudainement corrompues, et par qui ou quoi ? C’est ce que vous allez tenter de découvrir. Avant que vos congénères ne soient rayés de la carte.

Dans ce cadre sympathique, nous découvrons Rost, un « paria » qui s’est vu confier la responsabilité d’élever un bébé, qui sera appelée Aloy. Il deviendra donc un père aimant pour cette petite orpheline jusqu’à sa majorité, marquée par la cérémonie de l’Eclosion… Qui mettra fin à son exclusion (mais pas à celle de son « père » au grand coeur)…

Et paf, dans ta face !

Et on commence, avec la première chose qui va vous sauter aux yeux ! Dès la première cinématique, je comprends que le jeu va être une énorme claque, graphiquement parlant. Ceci dit, je trouve tout de même cette séquence un poil trop longue… Ah non pardon ! Au temps pour moi (si si, ça s’écrit bien comme ça) ! Ce n’est plus une cinématique, Aloy est jouable, on est passé au jeu ! Je ne m’en suis même pas rendu compte !

Je ne m’attendais pas à une telle claque ! Sony aurait-il échangé ma console contre une PlayStation 5 pendant la nuit ? Ah non pourtant, je suis bien sur ma PS4 « classique ». Je n’ose imaginer le résultat sur une « Pro » et sur une TV 4K ! L’image est fine, détaillée, et de nombreuses petites touches viennent apporter de la vie aux cinématiques. La frontière entre jeu vidéo et cinéma se réduit décidément de plus en plus.

La direction artistique est l’une des plus belles qu’il m’ait été donné de voir. Elle est signée par une équipe de designers dirigée par Mathijs de Jonge, le directeur artistique derrière Killzone 2 et 3. Les détails sont d’une finesse incroyable ! Les regards, le mouvement des hautes herbes, les déplacements des créatures, le rendu des conditions météorologiques… Et surtout ces jeux de lumière ! L’éclairage est incroyable !

Oeuvre magistrale jusque dans sa bande-originale

Du coté de la bande son, on retrouve aussi du beau monde : Niels Van der Leest, Joris de Man, The Flight… Et la voix de Julie Elven ! L’OST est particulièrement réussie, et colle parfaitement à l’ambiance. Si on peut regretter qu’elle ne soit actuellement pas disponible en version physique, je vous encourage à l’écouter sur Spotify.

Tout ceci est orchestré par une écriture vraiment appliquée. Vous ne pourrez bien sûr échapper à quelques clichés. Mais on ne peut qu’apprécier cette narration qui amène une intrigue qui va crescendo. L’histoire est à la fois cohérente et passionnante, avec son lot de gravité, de rebondissements, de drama… On pourrait pinailler en reprochant un manque de folie, la quasi absence de répliques plus légères et d’humour. Mais l’heure est grave, Aloy n’est pas là pour rigoler !

Et les scénaristes peuvent se targuer de nous proposer un récit qui tient la route jusqu’au bout. Le jeu vous lâche les révélations au compte-goutte. Suffisamment pour lever petit à petit les mystères qui entourent Aloy. Mais sans trop en dire, ce qui a pour effet de vous donner l’envie d’aller plus loin. Les situations créent une véritable empathie pour Aloy…

Des mécaniques bien rôdées

Au niveau de son fonctionnement, Horizon Zero Dawn s’apparente à un « action/RPG ». Autrement dit, il emprunte les mécaniques de ces deux genres. Et comme les développeurs se sont appliqués, tous ces mécanismes fonctionnent à merveille, en parfait équilibre.

La partie « action » se déroule bien évidemment pendant les phases de combat, en temps réel. Aloy dispose de tout un arsenal, avec une certaine prédilection pour l’arc ou la lance. Face aux ennemis, deux approches sont possibles. La première consiste à approcher furtivement, en utilisant les (très) nombreux buissons de hautes herbes. L’infiltration constitue d’ailleurs une mécanique primordiale. La seconde à foncer tête baissée, avec le risque d’ameuter tout ce qui traîne dans les parages.

En plein combat, Aloy peut cibler son adversaire grâce à son focus, véritable couteau-suisse technologique greffé à son oreille. Apparaissent alors en jaune les points faibles de l’ennemi, à viser en priorité. Notez qu’un peu plus loin dans le jeu, Aloy pourra aussi pirater les machines, pour en faire des montures, ou des alliés. A la fin du combat, Aloy pourra faire son marché sur les dépouilles, afin de récupérer des éclats de métal (la monnaie locale) et autres pièces qui lui serviront à crafter.

Comme dans tout bon RPG qui se respecte, Horizon propose un système d’upgrade assez complet. L’expérience gagnée par Aloy lui permet de débloquer de nouvelles aptitudes, sur un arbre de compétences assez complet. En débloquant ces bonus, Aloy apprendra à être plus discrète, à mieux viser, à porter plus de coups fatals… Le personnage n’en deviendra pas pour autant trop « cheaté » à la fin du jeu, la difficulté étant évolutive. Plus vous avancez, plus ces compétences sont nécessaires.

Et comme dans les jeux de rôle, entamer une séquence de dialogue avec des PNJ déclenche un menu vous permettant de poser plusieurs questions, sur différentes thématiques. Le choix évolue en fonction des réponses de votre interlocuteur. Ces dialogues déclenchent souvent des quêtes annexes, qui viennent allonger considérablement la durée de vie du soft.

Liberté à l’échelle de l’immense monde ouvert

Les premières heures de jeu font office de tutoriel ! Et j’avoue avoir eu une petite frayeur en jouant à ce prologue que constitue l’enfance d’Aloy, jusqu’à la cérémonie de l’éclosion. On nous a vendu un monde immense, et une grande liberté. Je me retrouve sur une map très réduite, dans un jeu relativement dirigiste. Escroquerie ?

Non ! Car comme je l’ai dit, ce premier chapitre ne constitue qu’un tutoriel, sur une aire de jeu délibérément réduite. Avant de partir découvrir le monde, il faut en saisir toutes les subtilités. Aussi, c’est durant ces premières heures que vous allez apprendre à chasser, à crafter vos munitions et vos potions. Ou encore à utiliser votre focus.

Mais une fois passée la cérémonie de l’éclosion, vous pourrez quitter la réserve des Nora (votre peuple). Et une fois franchies les portes fortifiées, le monde extérieur est tout simplement gigantesque. Un vrai monde ouvert, dans toute sa splendeur. Désormais, vous êtes une grande fille, et faites ce qui vous plaît.

Multitude de quêtes secondaires

Avec un tel terrain de jeu, les développeurs se sont lâchés ! Et vous allez vite réaliser que l’aventure principale n’est que la partie émergée de l’iceberg. Dans Horizon, il y a un truc à faire tous les 20 mètres ! Votre map va vite se remplir de nombreuses indications, à la manière d’un Assassin’s Creed. Avec des centres d’intérêt matérialisés par des couleurs. Assez sommaire, mais efficace !

Discuter avec les PNJ déclenche une foultitude de quêtes secondaires, scénarisées. Des missions de chasse vous permettent de récupérer la matière première pour l’artisanat. Cueillir des plantes va parfaire vos aptitudes de pharmacologie… Et il ne sera pas rare que vous vous écartiez un moment de la quête principale. Soit pour farmer, soit poussé par la curiosité et la découverte de ce riche univers.

Des influences dans la culture populaire

La référence, un peu plus haut, au jeu d’Ubisoft est volontaire. Et de nombreux éléments d’Horizon Zero Dawn me laissent penser que les développeurs doivent être des fans d’Assassin’s Creed ou de Far Cry ! Je parlais en effet des nombreuses indications, sur votre carte. Mais j’aurais pu aussi parler du fait que celle-ci se découvre au fur et à mesure. Il vous suffit d’atteindre le sommet de tours mobiles pour lever la brume qui recouvre la zone.

On pourrait aussi citer ces marqueurs, qui vous signalent des objets au sol, ou des plantes à ramasser. Ou encore ces vendeurs à la sauvette que vous croisez régulièrement sur la map. Là aussi, ça me rappelle quelque chose. Et quid des feux à allumer pour sauvegarder ?

Du coté des fenêtres de dialogues, avec ces questionnements multiples, la mécanique me fait clairement penser à Dragon Age. Les nombreuses quêtes annexes me font irrésistiblement penser à The Witcher III, tandis que les fans de Metal Gear Solid V ne seront pas dépaysés par les phases d’infiltration. Guerrilla s’est visiblement inspiré de ce qui se fait de mieux !

Le directeur artistique Mathijs de Jonge confiait lui-même que, pour créer ce personnage féminin bien trempé, trois héroïnes fortes, du cinéma ou de la TV l’avaient influencé. Ripley (saga Alien), Sarah Connor (qui affronte des machines dans Terminator). Mais c’est surtout dans la troisième que l’on retrouvera à la fois le caractère et le look d’Aloy : il citait aussi Ygritte, la sauvageonne et petite amie de Jon Snow dans Game of Thrones.

Exempt de défauts ? Je n’irai pas jusque là !

Jusqu’à présent, Horizon Zero Dawn enchaîne les superlatifs. Oui le jeu est très bon ! Oui, il est d’une richesse incroyable. Et oui, on a sans doute l’un des meilleurs titres de l’année. Mais par principe, je considère que la perfection n’existe pas. Alors soyons objectif. Le jeu est-il dénué de défauts ? J’avoue qu’en cherchant un peu…

Et on commence avec un point qui n’en ressort que davantage, face à une direction artistique superbe. Les expressions faciales des personnages ne sont pas encore totalement convaincantes. Certes, les visages sont superbement modélisés. Mais parfois, certains PNJ laissent l’impression d’avoir suivi des cours d’expression faciale avec l’acteur Steven Seagal. Un peu trop artificiel à mon goût. Et face à une Aloy particulièrement réussie, la différence n’en est que trop flagrante.

D’ailleurs, le constat est que, dans l’ensemble, Aloy a sans doute un peu trop tendance à « étouffer » le reste du casting du jeu. Certes, le personnage est très réussi, classe, charismatique, et l’on sent le soin particulier que le studio lui a accordé. Mais peut-être un peu trop ! Aloy est tellement réussie qu’elle vampirise toute l’attention, ne laissant que trop peu de place à des persos secondaires qui auraient mérité plus de background. De ce fait, on adore Aloy, mais hormis Rost, on oublie les autres personnages un peu trop vite.

« L’IA a des ratés »

Et puisque je parle de nos amis les humains, je pourrais aussi m’attarder sur l’IA. Visiblement dans Horizon, il n’y a pas que pour le style vestimentaire que l’humain est revenu à un stade primitif. Son intelligence aussi a souffert de l’apocalypse. Lors des combats contre d’autres hordes, la difficulté viendra souvent du nombre, pas du QI de vos adversaires. Certains restant par exemple à vous admirer en attendant que vos flèches ne viennent leur percer la poitrine. Un adversaire attaque, les autres regardent…

Je ne sais si je dois pointer cet aspect dans les défauts, mais le manque de « lock » (visée automatique… Une « aide à la visée » est cependant dispo) peut vous faire galérer. En plein combat, il est frustrant de chercher sa cible en plantant deux flèches sur trois dans un buisson. Mon hésitation vient tout simplement du fait qu’à contrario, si le jeu disposait d’une visée automatique, je pense qu’il n’en deviendrait que trop simple. Quelque part, c’est donc un mal pour un bien.

Enfin, tandis que j’écarquillais les yeux sur les panoramas, le jeu a su me rappeler que je suis encore sur une PS4 classique ! Un peu d’aliasing, des chutes de framerate ? Plus le temps passe et plus Sony me confirme que la copie impeccable est désormais devenu un luxe réservé aux possesseurs d’une PS4-Pro !

Au final

Quelle prise de risques ! La tache n’était pas aisée pour le studio d’Amsterdam, que de passer du FPS à un genre nouveau pour lui : l’action-RPG en monde ouvert ! Culotté aussi que de sortir un tel jeu deux jours avant qu’un autre constructeur ne lance une nouvelle console, avec une autre licence phare en monde ouvert !

Pourtant, le résultat est là ! Non seulement Guerrilla parvient à transformer l’essai, mais le studio signe de plus une véritable démonstration technique, qui risque de faire école pour les prochaines années. HZD est magnifique, sa BO à tomber, son gameplay judicieux, son scénario passionnant, et son personnage principal attachant. Ses quelques défauts font pâle figure face à ses nombreuses qualités, qui le placent au sommet du panier.

Horizon Zero Dawn est un jeu incroyable ! Un véritable tour de force ! Assurément LE meilleur jeu du mois, et peut-être même le « jeu de l’année » ! Si je me laissais aller à mon enthousiasme, je parlerais sans doute même de « l’un des meilleurs jeux de la décennie », mais… promis, je me calme !


Horizon Zero Dawn

 

Les + :

  • Le personnage d’Aloy, à la fois impressionnante et attachante…
  • Une direction artistique à tomber à la renverse
  • Le scénario est passionnant
  • Un dépaysement total, un voyage incroyable
  • Grosse durée de vie
  • Un jeu avec une vrai personnalité
  • Quasiment pas de temps de chargement
  • La bande-son ♥♥♥
  • Voix françaises

Les – :

  • … mais qui laisse peu de place aux personnages secondaires
  • Le système de visée peut déstabiliser
  • Parfois, l’IA trop incohérente
  • Certaines animations faciales trop artificielles
  • Les petits bugs graphiques inhérents à la PS4 « classique »
 .
On attendait beaucoup de ce Horizon Zero Dawn, qui tient toutes ses promesses en nous donnant encore plus ! Un univers incroyable pour un jeu fantastique, magistral tour de force du studio Guerrilla. A l'image de son monde ouvert (sans doute le meilleur sur consoles), Horizon est gigantesque ! On n'est qu'en mars, et j'ai déjà mon GOTY !
92%
Extraordinaire !

On attendait beaucoup de ce Horizon Zero Dawn, qui tient toutes ses promesses en nous donnant encore plus ! Un univers incroyable pour un jeu fantastique, magistral tour de force du studio Guerrilla. A l'image de son monde ouvert (sans doute le meilleur sur consoles), Horizon est gigantesque ! On n'est qu'en mars, et j'ai déjà mon GOTY !

  • Graphismes
  • Scénario
  • Musique
  • Jouabilité
  • Durée de vie

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