Pokemon GO : un phénomène vidéoludique « out of control » ?

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Pokemon GO, c’est LE phénomène du moment ! Il touche des joueurs par millions dans le monde entier. Et seuls ceux qui vivent dans une cave, coupés du monde, n’en ont jamais entendu parler… Mais rien que pour eux, nous revenons aujourd’hui sur un phénomène qui a peut-être un peu dépassé les limites… Pokemon GO, tout ce qu’il faut savoir, c’est parti !

Pokemon GO, kézako ?

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Bein oui, c’est vrai ! Pokemon GO, c’est quoi donc ? Et bien, c’est un jeu, pardi ! Mais, c’est un jeu « mobile », dans tous les sens du terme : comprenez par là que c’est un jeu SUR tablettes et smartphones, mais c’est un jeu qui va vous faire courir partout dans le monde !

Reposant sur un système de géolocalisation pointu, et un service de cartographie assez élaboré, Pokemon GO est partout autour de vous : dans votre salon, dans les WC, chez la boulangère, à l’église, au commissariat, à Pole Emploi… Il est vraiment partout !

Son principe ? Comme dans les versions portables de Pokemon (de la Gameboy à la 3DS), le jeu consiste à capturer des Pokemon ! Ils sont 150 pour le moment, mais le casting devrait augmenter avec des mises à jour. Ces derniers apparaissent dans VOTRE environnement, grâce à la réalité augmentée. Ne reste plus qu’à capturer les précieuses bébêtes, pour devenir un dresseur de légende !

Et comme sur les cartouches Pokemon, vous pourrez aussi capturer des légendaires, plus rares, qui apparaissent lors d’événements ponctuels. Une fois que vous aurez atteint le niveau 5, vous pourrez affronter la crème des dresseurs en vous rendant dans des « arènes », la plupart du temps des lieux publics très fréquentés comme des églises, des parcs, des monuments…

Le titre se télécharge via Google Play ou AppStore, gratuitement, et… roule ma poule !

Qui est derrière ?

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Tout d’abord, il est nécessaire d’apporter une précision : le jeu n’est pas signé Nintendo (même si l’on sait que le constructeur veut se développer sur mobiles), mais par The Pokemon Company. Il s’agit là d’une société fille de Nintendo, consacrée au développement et au marketing autour de la licence Pokemon.

Une société-fille, mais pas Nintendo !! Il y a une grosse nuance ! Car si cette différence vous échappe encore, beaucoup d’analystes économiques spéculent déjà sur le fait que The Pokemon Company puisse, grâce à Pokemon GO, avoir les moyens de s’émanciper, de prendre son indépendance (ce qui n’est pas fait). Ce qui n’arrangerait pas vraiment les affaires de Big N, qui compte néanmoins sur la vigilance de son nouveau PDG, Tatsumi Kimishima, lui-même ancien directeur de The Pokemon Company (qui connait donc bien la boîte à Pokemon).

Pokemon GO est développé par Niantic Labs, un studio américain (basé à San Francisco et créé par John Hanke en 2010) derrière lequel on retrouve… Google (ceci explique sans doute la maîtrise de la géolocalisation du soft). Plus exactement, Niantic est une start-up créée au sein de Google, qui s’est néanmoins éloignée du géant en octobre dernier, après la restructuration du groupe Alphabet.

Aujourd’hui, on a donc trois gros actionnaires de la société Niantic : Google, Nintendo et The Pokemon Company, qui lui ont offert une solide assise avec un capital de 20 millions de dollars (avec un bonus de 10 millions si les objectifs sont atteints).

Un succès mondial

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Les médias n’arrêtent pas de vous le dire : Pokemon GO est un succès mondial, sans précédent ! Un phénomène planétaire ! C’est bien, mais encore ?

Plus précisément, lorsque le jeu sort aux Etats Unis, en Australie et en Nouvelle Zélande le 5 juillet, le cours de l’action Nintendo décolle de 93,2% en une semaine à la bourse de Tokyo. Il est installé sur 5,6% des smartphones américains en 48h et Google rapporte que 65 millions d’américains l’ont téléchargé en moins d’une semaine.

Avant même sa sortie au Canada (le 17 juillet), plusieurs millions de Canadiens y jouaient déjà : il leur suffisait de se déconnecter de l’AppStore canadien pour se connecter au Store américain pour télécharger le jeu.

Aujourd’hui, en nombre de téléchargements, Pokemon GO se situe déjà loin devant SnapChat, Twitter, Tinder ou WhatsApp.

On vous laisse évaluer la portée du phénomène avec cette vidéo, datant de quelques jours : un Pokemon rare est apparu à Central Park :

Reporté en France

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En France, Pokemon GO devait sortir le 15 juillet. Mais suite aux attentats de Nice, par respect pour le « deuil national », l’éditeur a décidé de reporter sa sortie. Il devrait être disponible dans les prochains jours, si toutefois il ne l’est déjà au moment où vous lirez ces lignes. Mais l’info reste floue, différentes sources donnant des dates très différentes… Personne ne sait quand exactement le jeu sortira, en fait.

Dans ce contexte d’état d’urgence (qui a été prolongé de six mois dernièrement), un grand rassemblement Pokemon GO prévu dans les Jardins du Luxembourg, à Paris, a été interdit par le Sénat la semaine dernière.

En réalité, Pokemon GO pose un gros problème de sécurité aux Forces de l’Ordre, et dernièrement, le journal Le Monde citait une « source policière » disant que :

si un attroupement sauvage naît de l’apparition d’un Pokémon rare, il faudra que les agents de police à proximité évaluent les risques en termes de sécurité, et communiquent les éventuels besoins en renforts.

Des dérives

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Comme tout succès ultra-populaire, Pokemon GO n’a pas tardé à trouver ses détracteurs. Il faut dire que le comportement de certains joueurs donne des arguments aux anti-Pokemon Go, au moins pour six générations ! On a relevé quelques exemples, qui nous font nous poser beaucoup de questions sur l’évolution de l’être humain :

  • Un peu partout dans le monde, on a relevé de nombreuses personnes blessées, car concentrées sur leur partie et « oubliant » qu’en traversant une route, on risque une rencontre avec un Pokemon nommé « voiture ».
  • Un homme a démissionné de son travail pour devenir dresseur professionnel sur Pokemon GO.
  • Le 14 juillet, deux américains ont fait une chute de plus de 20m, d’une falaise (ils ne sont que blessés), n’ayant pas vu qu’ils avaient franchi les barrières de sécurité.
  • Un Australien s’est fait virer de son travail, à Singapour, pour avoir posté sur les réseaux sociaux « impossible de télécharger Pokemon GO dans ce pu… de pays ».
  • Quatre malfrats américains ont utilisé l’application pour attirer des joueurs et les braquer. Onze personnes se sont fait avoir avant que la Police ne s’en mêle.
  • Le Marine Louis Park, qui combat Daesh en Irak (Mossoul), était tellement content d’attraper un Carapuce sur la ligne de front, le 8 juillet, que, lorsqu’il y parvient, il lance un défi au groupe terroriste : « venez me défier dans un combat Pokemon : les mortiers c’est pour les nazes« .
  • Un américain, qui habite une ancienne église désacralisée, a vu débarquer de nombreux joueurs devant chez lui : Niantic n’avait pas actualisé sa base de donnée, et toujours identifiée comme église la maison apparaissait comme une arène Pokemon.
  • Même remarque pour un commissariat australien (à Darwin), qui a vu débarquer un nombre incalculable de « Pokéfans », car il contenait du matériel de capture de Pokemon. Les policiers ont dû poster un message sur Facebook pour demander aux joueurs de rester à distance.
  • Deux dresseuses, Kelsey Thomson et une amie, ont pris un kayak pour aller conquérir une arène située sur l’océan.
  • Un homme a capturé un Carapuce pendant l’enterrement de sa grand-mère.
  • Un automobiliste s’est mangé un arbre à pleine vitesse alors qu’il tentait de capturer un Pokemon en conduisant. Depuis, la Police américaine diffuse des messages sur certaines routes : « Don’t Pokemon and drive« .
  • Plus fun, on vous laisse savourer cette employée d’une chaîne de TV en pleine chasse, qui passe comme si de rien n’était devant la caméra, en plein bulletin météo 😉

Gare à l’intox !

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Le web se régale des anecdotes qui font le tour du monde, mais attention : certaines, après vérification, sont totalement fausses. La plupart de ces rumeurs proviennent d’un site spécialisé dans l’art d’émettre des intox : Cartelpress.com. Voici les plus virales :

  • Il n’y a jamais eu de gigantesque carambolage aux Etats Unis, à cause d’un fan qui jouait à Pokemon GO au volant.
  • L’histoire de l’homme poignardé, qui continuait tout de même à jouer, est fausse elle aussi.
  • Aucun garçon n’a tué son frère parce qu’il avait effacé l’appli de son mobile.
  • Aucun homme n’a réclamé 500 millions à The Pokemon Company pour avoir été renversé par une voiture.
  • L’Etat Islamique n’a rien à voir avec le piratage des serveurs de Pokemon GO le week-end dernier.

Certains médias opportunistes profitent également du phénomène pour faire du buzz, quitte à bidouiller des images. Ainsi, dernièrement, l’un d’entre-eux montrait des centaines de personnes bloquant une autoroute aux Etats-Unis, à Oakland, pour capturer un Pokemon rare. Les images sont vraies, mais sorties de leur contexte : il s’agissait en fait d’une manifestation, pour protester contre la mort de deux jeunes Noirs.

Enfin, un internaute disait qu’il serait possible d’attraper un Pikachu dans la salle de bains de Claude François. Oui, c’est clairement un fake, et assumé en plus, mais il nous a bien fait rire…

Polémiques et maladresses

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La première polémique qui a circulé autour de Pokemon GO concerne l’accès aux données de l’utilisateur. Suite à une fausse manip, le soft vous demandait (lors de son installation), d’avoir accès à vos données (photos, vidéos, e-mails…). Niantic s’est vite rendu compte de la boulette, et une mise à jour a corrigé le tir.

En Turquie, un imam a condamné Pokemon GO car le jeu mettait en valeur des lieux de culte. En effet, il était possible d’attraper des Pokemon dans une mosquée.

Dans certains parcs, connus pour être des lieux de « rencontres » pour personnes à la recherches de partenaires sexuels, il est possible de dénicher des « Excelangue ».

Dans le Kansas, la Wesboro Baptist Church a été le théâtre d’un affrontement entre homosexuels et anti-gays : sous le nom de « team Pinknose », la communauté Lesbian-Gay-Bisexual-Trangender a capturé l’église l’arène à l’aide d’un Mélofée arborant le slogan « Love is Love » (slogan LGBT). Les Wesboro Baptist (anti-gays) ont immédiatement répliqué en créant un compte, et en engageant leur Rondoudou dans le combat, avec leur slogan « Sin no More : Repent or Perish » (« repentez-vous ou périssez »).

Si nous n’avons, au moment d’écrire ces lignes, pas pu vérifier s’il s’agit d’un fake ou non, plusieurs internautes rapportent qu’il est possible de capturer des Smogogo (un Pokemon qui lâche des gaz toxiques) au musée de l’Holocauste de Washington DC. Info à prendre avec des pincettes donc, mais qui émane de plusieurs sources.

Le responsable du musée de l’ancien camp nazi d’Auschwitz-Birkenau a écrit à la société Niantic, pour demander le retrait du site de la géolocalisation Pokemon-GO, comme le rapporte le journal Le Point. Pawel Sawicki, porte-parole du musée, considère que :

Nous jugeons ce genre de pratiques déplacé. C’est ici que des milliers de gens ont souffert, des juifs, des Polonais, des Roms, des Russes et d’autres nations…

Certaines églises sont désormais obligées d’afficher des pancartes « interdit de chasser des Pokemon« .

Pokemon GO, ça a aussi du bon…

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C’est vrai que, pour le moment, nous avons vu qu’à partir d’un simple jeu vidéo, on peut vite tomber dans le grand n’importe quoi. Mais Pokemon GO peut aussi apporter du positif : quand on y pense, il vous fait sortir, rencontrer des gens, vous fait faire du sport et visiter des sites touristiques

Plus sérieusement, les bars et restaurants situés près d’arènes ou des lieux de rencontre Pokemon se frottent les mains : selon plusieurs sources et témoignages, leur fréquentation a augmenté de 25% à 50% depuis le lancement de l’application.

Le phénomène a aussi un impact sur le moteur de recherche de Google, qui confiait il y a quelques jours que le mot « Pokemon GO » est désormais beaucoup plus recherché que le mot « Porn ». Quand je vous disais que tout le monde ne pense qu’aux Pokemon !

Google rapporte également que Pokemon GO peut avoir une vocation pédagogique : Pour faire éclore des oeufs Pokemon, il faut marcher de longues distances. Et le jeu s’exprime en kilomètres, et non en miles (dommage pour les joueurs américains). C’est sans doute pour cela que Google rapporte que la conversion miles/km est la plus recherchée depuis quelques jours.

Enfin, Pokemon GO peut aussi permettre d’élucider des faits divers : Aux Etats Unis, alors qu’elle recherchait des Pokemon de type « eau » près d’une rivière, c’est sur un cadavre qu’est tombée Shayla Wigging, une jeune femme de 19 ans. Expérience traumatisante, mais pas tant que ça puisque la jeune femme chasse toujours les Pokemon, et la Police a pu élucider une affaire au passage.

Au final, faut-il craquer ?

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En conclusion, je serais tenté de vous dire que Pokemon GO est un excellent produit, qui apporte de la nouveauté au jeu vidéo, en vous permettant d’expérimenter la réalité augmentée, donc d’évoluer sur un terrain de jeu sans limite. Sur le papier, le jeu fait son job, en s’appuyant sur une solide technique.

Mais encore plus que pour certains titres sur consoles, apprenez à relativiser : nous sommes ici dans un jeu vidéo, et « réalité augmentée » ne signifie pas « monde réel ». Veillez donc à faire la part des choses, aucun jeu, aussi passionnant qu’il soit, ne justifiant le fait de mettre sa vie (ou celle des autres) en danger.

Finalement, dans cette mécanique bien rodée, la seule chose qui est « out of control » pour l’éditeur du jeu, c’est bien le comportement des utilisateurs ^^

Jouer à Pokemon GO ne dispense pas non plus de respecter les autres, respecter leurs biens, leur propriété. Encore une fois, il s’agit d’un jeu vidéo : légalement, vous restez responsable de vos actes !

Partant de ces principes, il est certain que Pokemon GO est un titre à essayer, ne serait-ce que par curiosité, ou pour expérimenter une nouvelle façon de jouer. Reste à savoir si le phénomène durera, mais tout semble indiquer que c’est bien parti…

Site officiel

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