Agatha Christie : the ABC Murders

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Un p’tit jeu d’enquête « point & click » entre deux triple A, ça vous dit ? Le titre du moment est signé par les français Microids et Artefacts Studio. Branchez vos neurones, brossez votre moustache, vous allez passer les prochaines heures dans la peau du célèbre Hercule Poirot, et il y a du meurtre à résoudre..!

Elémentaire, mon cher Hastings !

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Je pense qu’il serait, limite, insultant de vous présenter ici Agatha Christie, géniale auteure de polars. Et parmi ses personnages les plus célèbres, on a tous en tête l’image d’Hercule Poirot, fameux détective belge connu pour sa belle moustache et pour le soin qu’il accorde à son apparence. Héros de quelque 33 romans et 51 nouvelles, il a été maintes fois incarné sur le petit et sur le grand écran (John Moffatt, Albert Finney, Peter Ustinov, Ian Holm, Tony Randall, Alfred Molina…).

« Avec un tel CV, il est étonnant qu’il ne fasse pas l’objet d’adaptations vidéoludiques« , faites vous remarquer. Et bien, détrompez-vous. Hercule Poirot est un fidèle du PC : Le Crime de l’Orient Express en 2006, Meurtre au Soleil en 2007, Mort sur le Nil en 2009, La Maison du Péril la même année… Le titre qui nous intéresse aujourd’hui est The ABC Murders (inspiré d’un roman de 1935), sorti sur DS en 2009, mais disponible depuis début février de cette année sur PS4, Xbox One et PC.

Notre détective moustachu va arpenter l’Angleterre en compagnie de son ami et collaborateur, Arthur Hastings, un ancien capitaine de l’armée britannique, toujours fasciné par les prouesses déductives de son mentor. Pour faire court, Hastings est à Poirot ce que Watson est à Holmes !

A…B…C…

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Non ! Ce jeu n’a rien à voir avec la célèbre chanson des Jackson 5 ! Dans cet épisode, Hercule Poirot se voit lancer un défi par un mystérieux meurtrier annonçant ses méfaits par des courriers signés de ces trois lettres : A.B.C. Sont-ce des initiales ?

Plus troublant, une fois ses méfaits accomplis, l’assassin laisse toujours, sur la scène de crime, un agenda des chemins de fer, le fameux « ABC Book ». Enfin, il tue par ordre alphabétique : sa première victime a pour initiales la lettre A, dans une ville dont le nom commence aussi par un A. Vient ensuite le B, et ainsi de suite…

Quel est le lien entre tous ces crimes ? Est-ce simplement un défi machiavélique lancé au détective, ou le tueur a t-il d’autres motivations ? Vos cellules grises vont être largement mises à contribution pour élucider ce mystère…

Pointez… cliquez… enquêtez !

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Il est maintenant temps de lancer le jeu, qui affiche un menu très sobre, mais intelligent et offrant l’essentiel : vous pouvez lancer votre partie, admirer votre collection d’objets, ou revivre les différents épisodes et reconstitutions de crimes, dès fois que vous vous seriez loupé sur l’une d’entre elles.

The ABC Murders est donc un jeu d’enquêtes, en point-&-click, dans lequel vous allez devoir fouiller pour trouver des indices, interroger des témoins, résoudre des puzzles (des coffres ou des boites qui ne s’ouvrent que si vous avez un diplôme d’ingénieur)… La jouabilité, lors de ces enquêtes, se limite au strict minimum : la direction pour déplacer votre personnage, « triangle » pour observer ou « carré » pour interagir (parler ou ouvrir des portes).

Régulièrement, des séquences se déclenchent pour faire travailler « votre matière grise ». Autrement dit, Poirot tente de faire avancer son raisonnement en passant en revue tous les indices que vous avez collectés. Grâce à une arborescence simplifiée, vous devrez choisir les bons arguments, et les associer pour deviner si le vol est le mobile du crime, si la victime a été tuée par jalousie, quel est le profil de l’assassin, etc. Une idée vraiment sympa !

Chaque enquête se termine par une reconstitution. Là encore, en fonction des indices collectés, vous devrez reconstituer le crime. La scène se déroule sous vos yeux, sous forme de séquence à QTE : faites les bons choix pour parvenir à visualiser les événements !

Si l’ordre des séquences, est quasi-identique d’une enquête à l’autre, le cheminement du jeu n’est aucunement redondant. Le rythme des enquêtes est équilibré : il vous installe dans des petites habitudes sans vous endormir pour autant. Bien vu !

« Je » vidéo !

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Autre point que les fans apprécieront : le titre de Microïds et Artefacts est fidèle à l’esprit du roman, et dépeint parfaitement le caractère de ce brave Hercule.

Soigné, un brin narcissique et fier de son intellect sur-développé, vous devrez gérer votre « ego », matérialisé par des points à collecter en prenant les bonnes décisions, en trouvant les bonnes pistes. Un total de 600 points est requis pour débloquer l’un des trophées/achievements du jeu.

Pour gagner ces points, plusieurs solutions s’offrent à vous. Comme je l’ai dit, ils tombent dès que vous trouvez un indice, dès que vous démêlez une intrigue. Mais vous gagnez également des points d’ego en vous regardant dans les miroirs que vous trouverez dans le jeu. Quand je vous disais que Poirot était narcissique !

Vous gagnerez également des points en posant les bonnes questions lors des interrogatoires, et en vous comportant comme le ferait Hercule Poirot. Evitez donc les questions un peu trop lourdingues, et préférez-leur la « gentleman attitude » ! Si elle peut sembler anecdotique, cette quête des « points d’ego » a clairement été imaginée par les programmeurs à l’intention des joueurs qui veulent mettre un score sur leurs performances.

Film d’animation ou oeuvre d’art ?

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Indéniablement, par sa direction artistique, son cell-shading, le titre fait penser à une autre référence du genre : Les Chevaliers de Baphomet. Le point commun entre ces deux titres est le choix de proposer des tableaux qui semblent peints à la main. Etrangement, on se dit que si les consoles actuelles excellent dans les tableaux photoréalistes, le cell-shading n’a jamais été aussi bien mis en valeur qu’aujourd’hui.

Et comme dans LCdB, le joueur s’arrête sur chaque paysage, sur chaque scène, pour en admirer les détails. Un peu comme si, après une forte consommation de films d’animation 100% numériques, vous passiez à un chef-d’oeuvre d’Hayao Miyazaki, qui vous laisse admiratif d’un travail réalisé à la main, qui vous semble avoir demandé des heures de minutie et un talent certain des dessinateurs. Sans être pesants, les contours noirs autour des personnages renforcent cette impression de regarder un film d’animation.

Développé avec le moteur Unity, The ABC Murders est un jeu agréable à regarder, du début à la fin. Son ambiance est renforcée par une bande-son qui colle parfaitement aux scènes qu’elle illustre, avec des thèmes discrets, que l’on remarque à peine, mais vraiment agréables.

Techniquement, aucun bug à déplorer, aucun lag… Le travail est propre ! On pourrait à la limite pointer une certaine lenteur, dans les déplacements du héros par exemple, mais Hercule Poirot n’est pas Usain Bolt, et cet aspect est finalement raccord avec le personnage, et avec l’état d’esprit du jeu : vous êtes là pour savourer, pour prendre votre temps.

Tout est simple pour Poirot !

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On l’aura compris : Poirot est un génie, et puisque vous incarnez le détective, résoudre ces enquêtes va être pour vous une simple balade de santé. Je ne vais pas vous mentir, aussi nombreuses et inventives qu’elles soient, les énigmes sont d’une grande facilité, et vous allez finir le titre rapidement.

Mais le fait d’avoir pu en discuter avec l’éditeur nous aura fait comprendre que c’est une volonté assumée de sa part. Microïds a, en effet, souhaité développer un jeu qui soit accessible au plus grand nombre, que le joueur doive réfléchir pour avancer, mais sans se prendre la tête (pour le comprendre, je vous invite d’ailleurs à lire notre portrait du chef de projet, Alexandre Migeon).

Il en résulte une série de défis sur lesquels vous ne bloquerez pas, ce n’est pas le but ! Et si toutefois c’est le cas, il est possible d’accéder à des indices mettant en évidence la solution (à titre perso, je n’ai pas utilisé cette option, qui sera sans doute inutile pour certains d’entre vous). Très clairement, vous ne bloquerez pas, et en cas d’erreur, Poirot vous suggère de réanalyser la situation… Très clairement, le terme « game over » ne fait pas partie des lignes de code du jeu.

Un gamer pur et dur pourra regretter cette facilité. Pourtant, lorsque l’on joue, on n’arrive pas à en vouloir à Microïds, bien au contraire. On est happé par cette aventure, on s’accroche pour en connaître la fin. La prise de risques était plutôt gonflée, mais Microïds transforme l’essai les yeux fermés. Le jeu se veut fidèle à l’esprit d’Agatha Christie ? On le dévore comme on le ferait avec un bon polar, calé au fond d’un fauteuil moelleux devant un feu de cheminée…

Et si la durée de vie du jeu semble limitée de prime abord, on vous encourage à le refaire une fois terminé : ne serait-ce que pour compléter votre collection de récompenses (qui ne servent pas à grand chose, je vous le concède), mais pas que. Car si cet aspect ne saute pas aux yeux, le jeu regorge de chemins alternatifs : les interrogatoires peuvent prendre différents chemins en fonction de vos choix. Un témoin peut par exemple s’ouvrir et se confier, comme il peut se fermer totalement si vous avez été maladroit. Terminé, plus rien à en tirer, et vous aurez alors loupé des indices.

Idem pour la conclusion de l’aventure : sans vous spoiler, sachez qu’il existe deux fins !

Au final

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Que penser de ce titre ? En temps normal, j’aurais eu tendance à pester sur sa durée de vie relativement courte. Mais je dois avouer qu’aujourd’hui, les choses sont différentes. C’est vrai qu’il ne m’aura fallu que six heures, à tout casser, pour voir défiler le générique de fin.

C’est vrai aussi que j’aurais aimé y jouer beaucoup plus longtemps, rêvant qu’une deuxième enquête cachée se dévoilerait après ce générique… Au final, j’avoue être un peu déçu par cet aspect, mais franchement enchanté par l’aventure que je viens de vivre !

D’habitude, sur un jeu de ce type, j’ai beaucoup de mal à y revenir une fois le titre terminé. Tout simplement parce qu’un jeu d’enquêtes dont on connait déjà les intrigues, cela n’a pas la même saveur. Mais ici, je ne sais pourquoi, je n’ai qu’une envie : recommencer le jeu ne serait-ce que pour découvrir les scènes alternatives, ces fameux embranchements possibles en fonction de vos choix… A titre de comparaison, aussi bon qu’il soit, si j’ai recommencé Les Chevaliers de Baphomet 5 une seconde fois, c’était dans le but de viser cette « carotte » qu’est le trophée de platine. Ici, la motivation est bien différente (de plus, pas de platine dans « ABC »). C’est plutôt bon signe, non ?

Au beau milieu des « triple A » qui monopolisent les têtes de gondoles, Agatha Christie : the ABC Murders se fait plutôt discret. Mais attention : si vous mettez la main sur ce titre (développé par des Français, je le rappelle), il y a de très fortes chances que vous ne puissiez plus en décrocher jusqu’à la fin.

D’une certaine manière, avec Agatha Christie : The ABC Murders, je retrouve en Microïds cette expression qui est le leitmotiv de Nintendo : dans le terme « jeu vidéo », il y a le mot « jeu » !


Verdict

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Bien qu’un peu trop court, un jeu vraiment passionnant, avec des énigmes très intéressantes. Le jeu vidéo français lève fièrement la tête et démontre qu’il est un acteur bien présent sur la scène vidéoludique !

17/20

Les + :

  • Les personnages qui ont une vraie profondeur
  • Poirot est ici fidèle au personnage du roman
  • Des énigmes sympas, plein de bonnes trouvailles
  • Un background soigné
  • Enquête, interrogatoire, « travail des cellules grises », reconstitution… Un rythme agréable
  • La direction artistique
  • Rejouabilité (des embranchements à découvrir)
  • La storyline pour ne pas perdre le fil
  • En Français
  • Son prix

Les – :

  • Les énigmes et les puzzles ne sont vraiment pas sorciers
  • Durée de vie assez courte
  • Le manque d’utilité des objets « collectibles »

Agatha Christie : The ABC Murders, édité par Microïds et développé par Artefacts Studio, sur PS4, Xbox One et PC, en boîte et en téléchargement.

Test réalisé sur une version dématérialisée fournie par l’éditeur.

Lire aussi : notre portrait d’Alexandre Migeon, chef de projet sur le jeu

 

Site officiel du jeu

 

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