1994 : Secret of Mana (Super-Nintendo)

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 En cette période de fêtes de fin d’année, nous allons aujourd’hui nous intéresser à un titre que nous rêvions de chroniquer depuis un moment dans cette rubrique, et qui pour moi figure en très bonne place au panthéon des meilleurs jeux de tous les temps ! Sorti en août 1993 au Japon, et en novembre 1994 sur Super-Nintendo, en Europe, Secret of Mana est une véritable perle du RPG, qui a marqué toute une génération de joueurs, et a connu de nombreuses suites…

Casse-toi pauv’ c… !

secret-of-mana-04Après avoir bavé sur le sublime artwork illustrant la pochette du jeu, et après avoir plané sur la magnifique musique d’intro du jeu (voir en fin d’article), voici venu pour vous le moment de lancer ce Secret of Mana (« Seiken Densetsu 2 » au Japon), un Action-RPG édité par Squaresoft (de son nom de l’époque).

Action-RPG en effet, car s’il utilise les mécaniques du RPG classique (leveling, armes et pouvoirs upgradables, longue quête parsemée de multiples donjons), Secret of Mana se joue à la manière d’un Acti-RPG comme « The Legend of Zelda » : ici, pas de tour à tour comme dans Final Fantasy, mais des combats en temps réel comme dans Zelda…

Pourquoi « Seiken Densetsu 2 » au Japon, me demanderez-vous ? Tout simplement parce que, au Pays du Soleil levant, un premier « Seiken Densetsu » était sorti précédemment sur GameBoy en 1991. Il est bien arrivé en France, mais son nom a été changé en « Mystic Quest ». Initialement, le jeu était un spin-off de Final Fantasy, mais ses producteurs décideront d’en faire un titre à part entière.

Secret of Mana vous met dans la peau d’un enfant qui, après un « accident » qui l’oblige à faire face à des monstres (ressemblant plus à des peluches qu’à des ogres assoiffés de sang), récupère la première épée venue. Celle-ci est plantée dans un roc, mais ce jeune héros la dégage sans problème…

Cela vous rappelle quelque chose ? Ne vous méprenez pas ! Cet enfant n’hérite pas ici du royaume de Kaamelot, mais se fait tout simplement, et sans procès, expulser de son village, par des habitants effrayés par les emm… que pourrait leur amener la libération de cette épée légendaire et… maudite, à ce que l’on dit.

Viré comme un malpropre, notre héros va devoir parcourir le monde, et accomplir une prophétie dont il semble être l’objet… L’arbre Mana, qui régit l’équilibre du monde, a besoin de lui !

Les canons du RPG

sd2printempsComme le laisse deviner cet intertitre, on va retrouver dans Secret of Mana tous les canons du genre RPG. A commencer par le scénario ; on ne va pas vous apprendre que les RPG, comme les romans d’héroic-fantasy, s’appuient généralement sur une même trame : un ado qui quitte son village pour vivre une longue expérience qui va le faire grandir. Une métaphore du passage de l’enfance à l’âge adulte !

Ici, le héros (qui se nomme Randi par défaut dans la VO, mais dont vous allez choisir le nom) quitte son village pour découvrir qu’il doit accomplir un destin fabuleux. Et comme dans tout bon RPG, il sera très vite aidé par des personnages qui rejoindront votre équipe. Tout d’abord la « fille » (Purim en VO) et un « elfe » (Popoï en VO).

Beaucoup plus loin dans l’aventure, vous allez faire une autre rencontre plutôt sympa, avec un personnage qui ne prendra pas part aux combats, mais qui a son importance : Flammy, un jeune dragon blanc que vous pourrez chevaucher pour vous déplacer plus rapidement (à l’époque, c’était un véritable « kiff » de survoler la map, de manière très dynamique et en 3D grâce au fameux « mode 7 » de la Super-Nintendo).

Le jeu est facile d’accès, notamment grâce à des menus simplifiés au possible : les options sont présentées sous forme d’une « bague » que l’on fait apparaitre à l’écran. D’une simple rotation, on peut gérer ses pouvoirs, ses stats, ses armes…

Et comme dans tout bon RPG, vous devrez traverser nombre de donjons, et affronter un boss qui rêve de détruire le monde, aidé par des ennemis qui deviendront récurrents dans la série des « Mana », comme les « Liévro », par exemple…

D’autres personnages secondaires sont ici introduits, comme le vendeur ambulant Chacha, ou encore les Frères Canon, qui vous font voyages… en canon !

Autre élément propre à la série : les magies sous forme d’invocations élémentaires. On y rencontre Athanor (feu), Sylphide (vent), Gnome (terre), Ondine (eau), Dryade (forêt), Luna (Lune), Lumina (lumière), Ombre (obscurité), des « aidants » qui deviendront abonnés à la saga.

Les trucs en plus

somshot02Jusqu’ici, ce Secret of Mana vous semble bien classique. Alors, qu’est ce qui fait qu’il nous a tant marqué, qu’il constitue pour nombre de gamers une véritable « Madeleine de Proust » ? Beaucoup de choses en fait.

A commencer par son ambiance, pleine de féérie. Très coloré, le jeu vous fait voyager dans des villes du désert, des cités impériales, des forêts magnifiques… Incroyable, à l’époque de la Super-Nintendo, de traverser des champs de cerisiers en fleur !

Attendrissant également de croiser des univers décalés et eux-même empreints de magie, tels que le monde de Noël dans lequel vous croiserez le Père-Noël et Rodolphe, son célèbre renne… Graphismes superbes (et qui s’améliorent encore avec les épisodes qui suivront), ce Mana est attachant, et fait retomber le joueur en enfance…

Il faut dire que ce titre est véritablement le premier qui a fait découvrir le genre RPG au grand public. Autrement dit, si le RPG existait avant Mana, il n’intéressait que les fans du genre. Avec son gameplay facile d’accès et son ambiance enchanteresse, SoM a su toucher un plus large public, et a contribué au déploiement du genre en Europe !

L’autre point qui marque, dans Secret of Mana, c’est sa bande-son ! La magnifique bande originale est signée Hiroki Kikuta (série des « Mana », Sôkaigi, Koudelka, Lost Files…). Absolument féérique, elle offre des plages à la fois planantes et prenantes, qui en font encore aujourd’hui l’une des plus belles OST de jeux vidéo.

Dans le jeu, on reconnait incontestablement la patte de Koichi Ishii (sagas Final Fantasy, Mana, Saga Frontier) et Hiromichi Tanaka (Final Fantasy VI), qui s’est détourné momentanément de la saga Final Fantasy pour s’attacher à un jeu au gameplay plus dynamique. Secret of Mana lui était prédestiné !

Plus complexe qu’on le croit !

27-1-secret-of-mana-seiken-densetsu-iiNe vous fiez pas à la première lecture, bon enfant, de Secret of Mana. Le jeu est plus complexe qu’on pourrait le penser, et son développement n’aura pas été de tout repos !

Car outre le voyage initiatique du héros, le jeu aborde des thèmes plus tortueux, comme la religion, ou la politique. S’il se destine à défaire un sorcier maléfique, votre personnage est aussi confronté à une lutte entre Empire et République (tiens, ça me rappelle quelque chose)…

Secret of Mana parle aussi de religion, de mort… Mais les règles de bienséance de Nintendo étant ce qu’elles sont, ces aspects seront relativement édulcorés dans la version finale du titre.

Du coté du software, le jeu était initialement prévu pour sortir sur le lecteur CDRom de la Super-Nintendo (qui ne sortira finalement pas et deviendra la PlayStation)… Mais ce projet étant annulé, le contenu de Secret of Mana est repensé pour tenir sur une cartouche, et forcément, il y a des sacrifices à faire sur le contenu…

La traduction elle-même pénalise le jeu. Dans la version originale, les textes sont nombreux et très riches. Le passage aux langues occidentales, avec une police plus grande, contraint les traducteurs à réduire le lignage… Et là aussi à sacrifier certains passages. Ce qui explique des répliques qui ne sont parfois pas forcément cohérentes ou compréhensibles.

Planète Mana !

Secret_of_Mana_USSans que l’on puisse véritablement parler de « suites », Secret of Mana a été le déclencheur d’une série qui s’est affinée au fil des consoles, parfois au prix d’un changement radical de gameplay, avec un système de « niveaux » qui apparaît par exemple sur PlayStation ou DS.

Bien que le jeu soit aujourd’hui devenu très rare sur Super Nintendo (bon courage aux rétro-gamers), Secret of Mana est aujourd’hui disponible en réédition, sur Console virtuelle (de la Wii uniquement) ou sur mobiles.

A ce jour, on dénombre :

  • Seiken Densetsu : Emergence of Excalibur, en 1987, prévu sur Famicom Disk System, il ne verra jamais le jour…
  • Seiken Densetsu sur Gameboy (Mystic Quest en VF) en 1991.
  • Seiken Densetsu 2 (Secret of Mana) sur Super Nintendo en 1993.
  • Seiken Densetsu 3 (sur Super Nintendo, sorti uniquement au Japon) en 1995.
  • Legend of Mana (sur PlayStation, sorti au Japon et USA) en 2000.
  • Sword of Mana, sur GameBoy Advance, en 2003, remake du premier volet.
  • Seiken Densetsu 4 (« Dawn of Mana » sur PlayStation 2) en 2006.
  • Children of Mana, sur DS en 2006.
  • Heroes of Mana, sur DS en 2007.
  • Secret of Mana, sur Console virtuelle de la Wii en 2008.
  • Secret of Mana, sur Apple Store et Android (respectivement 2010 et 2014).

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% s Commentaires

  1. cloud dit

    Mon tout premier RPG ! phénoménal, et encore aujourd’hui, il n’a rien perdu de sa magie. Un regret : Nintendo l’avait sorti sur console virtuelle de la Wii, mais il n’est plus dans le catalogue Wii-U… Honteux !

  2. 1999 : Chrono Cross (Playstation) | Level 1

    […] aux commandes, la même qui signera également Xenogears. On retrouve ainsi Hiromichi Tanaka (Secret of Mana, Final Fantasy 3…) à la production, Masato Kato (scénariste de Final Fantasy 7, Xenogears, […]

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