Arnaud Sellier, créateur de l’enseigne « Dynamite Games »

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C’est à Challans, en Vendée, qu’Arnaud Sellier, 40 ans et originaire de Nantes, a décidé d’ouvrir son magasin Dynamite Games. C’était le 9 septembre 1996. Aujourd’hui, il est à la tête d’une quarantaine de magasins en « licence de marque », répartis sur toute la France.

Il nous reçoit dans sa « caverne d’Ali Baba », en plein centre de Challans, et nous raconte comment est née la « marque » Dynamite Games, comment il est « tombé dans le jeu vidéo quand il était petit », et comment il voit l’avenir de notre passion préférée…

LV1 : Arnaud, peux tu nous rappeler brièvement la genèse de Dynamite Games ?

Un couple d’amis avait pour projet d’ouvrir un magasin de jeux vidéo sur la commune de Challans (85). Ils m’avaient sollicité pour les aider, notamment pour mon expérience de commercial chez Hachette, Dargaud, Micromania ou Dockgames. Et puis, ils ont dû abandonner le projet. De mon coté, j’ai décidé de continuer, afin de proposer quelque chose de nouveau aux joueurs, sans qu’ils soient obligés de faire 50km pour acheter un jeu… Le premier Dynamite Games a ouvert ses portes à Challans le 9 septembre 1996.

Les débuts ont été difficiles ?

A l’époque, j’ai ouvert mon magasin avec l’équivalent de 3.000€. Pour me faire une trésorerie, j’ai tout vendu, de la voiture à la chaîne hi-fi. Avec l’argent gagné, je payais mon loyer, puis je mettais tout dans la boutique. On a dû manger des pommes de terre pendant un an, mais à force de persévérance, aujourd’hui, Dynamite Games représente 40 boutiques dans toute la France, et une dizaine d’ouvertures de prévues prochainement.

Il s’agit d’une franchise ?

Non ! Le terme exact est « licence de marque ». Je forme les futurs gérants sur le site de Challans, pendant trois semaines ou plus, à l’aspect juridique, comptable, etc… La première semaine est dite d’observation, afin qu’ils réalisent s’ils sont faits pour cela ou non (il est possible de « rompre le contrat » à tout moment). Puis, une fois qu’ils ont acquis les compétences nécessaires, ils montent leur magasin, mais sont indépendants. Car mon objectif est justement de monter un réseau sans que les gérants des boutiques ne soient embêtés avec les droits ou les redevances… DG, c’est avant tout un réseau de « copains », qui se filent des tuyaux si besoin…

Tu parlais plus haut de « proposer quelque chose de nouveau aux joueurs ». Que veux tu dire ?

Le leitmotiv de Dynamite Games est de privilégier l’intérêt du joueur, plutôt que l’intérêt financier. Pour cela, nous n’hésitons pas à minorer nos marges sur le prix des jeux, neufs et d’occasion (respectivement 30% et 70% de nos ventes) : c’est avantageux pour tout le monde, pour le joueur qui paye moins cher, et pour nous qui payons moins d’impôts !

On s’attache également à dispenser des conseils avertis : nous ne tentons pas de vendre à tout prix en vantant les mérites d’un mauvais jeu, et il nous arrive de refuser de vendre un titre à un joueur qui ne correspond pas aux recommandations PEGI.

Ce qui a fait, également, la renommée de Dynamite Games, c’est son système d’échange de jeux d’occase. Si le jeu est en bon état, le joueur peut l’échanger contre un titre de même valeur, sur le même support, contre seulement 4€. Passionnés de jeux, nous proposons une gamme allant des plus vieilles consoles jusqu’aux consoles actuelles.

Tu veux dire que vous faites du rétro-gaming ?

Sur notre site Dynamite Shopping et dans certaines boutiques, nous avons du stock Super-Nintendo, Megadrive, Nes, Gamecube, etc… Parfois même plus ancien.

Avec un tel succès, aucune « grosse licence » n’a jamais songé à racheter Dynamite Games ?

Il y a eu des propositions, mais aucune n’a abouti, car notre « éthique », définie plus haut, n’était pas respectée. C’est quelque chose qui me tient vraiment à coeur. A l’avenir, peut-être n’aura t-on pas le choix que de s’allier à de grands groupes (tout simplement pour se fournir, pour obtenir des exclus, de la PLV -publicité sur lieu de vente, ndlr-), mais pas à n’importe quel prix. L’objectif est de garder cet esprit « de passionnés à passionnés ».

« Ma première console : une Hanimex »

Parlons maintenant du « gamer » : te souviens-tu de ton premier contact avec les jeux vidéo ?

Oh oui ! Je devais avoir cinq ans ! Mes parents m’avaient offert une console Hanimex. Après, je suis passé successivement sur Game & Watch, NES (je suis tombé amoureux de Nintendo), Gameboy Classique, Super-Nintendo, PlayStation 1…

Des jeux t’ont particulièrement marqué ?

Je me souviens par exemple de « Green Beret » sur Amstrad CPC 464, un jeu très difficile où tu n’avais pour te défendre que trois balles, pas une de plus, et un couteau qu’il fallait utiliser avec une précision chirurgicale. Je pourrais aussi citer « Renegade », le premier « Super Mario Bros » sur NES sur lequel j’ai passé des heures entières, ou encore « The Legend of Zelda : A Link to the Past » sur Super-Nintendo.

Tu parles de difficulté. Trouves tu les jeux d’aujourd’hui plus faciles qu’autrefois ?

C’est une question de rentabilité ! Plus vite tu termines un jeu, plus vite tu le ramènes pour acheter sa suite qui sort parfois un an après. Les jeux d’aujourd’hui en mettent plein la vue, mais sont devenus courts, et reviennent vite sur le marché de l’occasion. Mais les éditeurs doivent réaliser que les joueurs en veulent pour leur argent, veulent des titres longs, comme par exemple les jeux de rôle. Le meilleur exemple, c’est le succès de Skyrim !

Démat ou pas démat ?

On a pu voir, pendant l’E3, les prochains Final fantasy, par exemple ?

Vraiment pas mal, graphiquement, mais je ne suis pas emballé plus que ça ! Je ne retrouve pas l’envie, l’intérêt, la surprise qu’il y avait pour Final Fantasy VI et Final Fantasy VII. D’ailleurs, à quand un reboot de Final Fantasy VII ? 

On imagine que tu as suivi le salon avec intérêt ? Que retiens-tu de cet E3 2013 ?

La future génération mise « à mort » sur les graphismes… J’aime beaucoup la psychologie de Nintendo, qui privilégie le fun, le plaisir des joueurs. Sony mise davantage sur la qualité de l’image, sur les graphismes. Par contre, je n’ai pas aimé le discours ou l’attitude (parfois méprisante) de Microsoft, qui ne voit toujours pas la différence entre les joueurs PC et les joueurs « consoles » : les premiers sont dans l’économie, vont chercher des moyens d’avoir des jeux à pas cher, voire à avoir recours au hack, les seconds sont plus dans la collection, dans le plaisir de détenir l’objet.

Maintenant, on peut trouver des « circonstances atténuantes » à Microsoft, notamment pour le dématérialisé : ses machines font un carton aux Etats Unis, son pays d’origine, où les joueurs sont très consommateurs de VOD et de jeux en téléchargement. Mais les Européens et en particulier les Français, sont comme les Japonais : ils ont la culture de l’objet. Quand ils achètent un jeu, ils aiment tenir la boite entre leurs mains…

Hologrammes

As-tu été « bluffé » par ce que tu as vu ?

Non, pas vraiment ! Certes, les graphismes des jeux présentés sont superbes, mais l’histoire ne fait que se répéter, et ces améliorations graphiques ne sont que la logique des choses, avec l’arrivée de nouvelles consoles. On n’a pas eu véritablement de révolution, comparable au passage de la Super-Nintendo à la PlayStation. Pour que le jeu vidéo se renouvelle, il faut un véritable fossé entre les générations de consoles.

Qu’entends-tu par là ?

Je pense qu’aujourd’hui, les joueurs attendent de vrais changements révolutionnaires dans le jeu vidéo. Pas juste des graphismes améliorés. Je suis persuadé, par exemple, que la prochaine révolution dont je veux parler sera le passage aux jeux holographiques. Je pense que, ces gros changements, on en parlera d’ici cinq ans.

Des hologrammes ?

Sur un salon automobile, lors de la présentation d’un constructeur, j’avais été frappé par un intervenant qui arrivait sur scène, qui commençait à parler, puis qui était rejoint par son « véritable lui ». Le premier était un hologramme. C’est une technologie que l’on commence à maîtriser, mais qui coûte très cher. Il faudra un peu de temps pour que les développeurs de jeux vidéo s’en emparent, et surtout pour qu’ils développent des machines et des jeux financièrement abordables.

PS4 en tête

Pourtant, on sent un certain engouement pour la prochaine génération de consoles ?

Oui, c’est vrai ! Beaucoup de joueurs ont précommandé, ont versé un accompte alors que l’on n’est pas sûrs à 100% que ces consoles (PS4 et Xbox One) sortiront en temps et en heure. Pour l’instant, je constate une « avance » de la PS4 ; sur cinq précos que j’ai enregistrées aujourd’hui, j’ai une Xone pour quatre PS4. 

Des premières consoles jusqu’à aujourd’hui, imagine que tu ne puisses garder qu’une seule d’entre elles, avec un seul jeu. Quel est ton choix ?

Jusqu’à aujourd’hui ? Mince, je ne peux donc pas choisir la PS4 ! C’est un choix difficile, mais après réflexion, sans hésiter je garde la Wii-U avec New Super Mario bros U ! C’est un jeu hyper-fun en solo ou en multi, auquel je peux jouer avec ma femme, mes enfants, en soirée avec mes amis…

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