Odin Sphere Leifthrasir, le flamboyant phénix de VanillaWare

TEST. – C’est un magnifique cadeau que nous offre ce mois-ci Atlus, sur PS3, PS4 et PS-Vita ! Huit ans après sa sortie initiale, l’éditeur ressuscite le féérique Odin Sphere, l’un des plus beaux jeux de la PlayStation 2. Simple portage ou véritable nouveau souffle ? La réponse avec notre test.

Les retrouvailles

OSL Storybook (1)

C’est parfait ! Au moins, pour écrire ce test, je ne vais pas être obligé d’attendre trois mois, d’avoir suffisamment avancé dans le jeu pour pouvoir vous en parler en profondeur ! Des les premières minutes, je réalise qu’on se connaît déjà !

Car Odin Sphere Leifthrasir n’est autre que l’adaptation sur PS4, PS3 et Vita d’Odin Sphere, un jeu que j’ai terminé et retourné dans tous les sens dans sa version d’origine, sur PlayStation 2 (j’ai ensuite fait l’erreur de le revendre : certes, par sa rareté j’ai gagné bonbon, mais je m’en suis mordu les doigts par la suite).

Odin Sphere est un jeu signé par Vanillaware, un développeur ayant la bonne habitude de nous en mettre plein les yeux avec des graphismes somptueux, très colorés, et avec des titres qui dégagent véritablement une ambiance. Parmi ses franches réussites, on pourrait citer Dragon’s Crown ou encore Muramasa : the Demon’s Blade. Et bien évidemment Odin Sphere qui, en 2008, impressionnait sur cette bonne vieille PS2.

Peut-être un peu trop d’ailleurs ! Au point qu’à l’époque, on se demandait si Vanillaware n’était pas un studio un peu trop en avance sur son temps, proposant des titres  qui atteignaient vite leurs limites techniques : pas de la faute du développeur, mais tout simplement parce que les bécanes de l’époque avaient parfois du mal à suivre.

Aussi, c’est avec plaisir que l’on accueille désormais Odin Sphere Leifthrasir sur des supports qui, en théorie, offrent beaucoup plus de souplesse au jeu, un confort bien différent au niveau de la technique. Signalons enfin que, si vous pouvez aujourd’hui redécouvrir cette perle, c’est grâce notamment à Nis America et Koch Media.

Game of Thrones…

Comme son nom l’indique, ce conte vidéoludique va vous entraîner dans un récit qui puise toute sa moelle dans la mythologie scandinave. Si vous connaissez ce panthéon, vous allez retrouver ici des figures familières.

Odin Sphere Leifthrasir débute dans une bibliothèque. Une petite fille, Alice, y trouve un ouvrage intitulé « Valkyrie ». Et c’est en tournant les pages qu’elle va entrer (et nous entraîner) dans une passionnante aventure qui se déroule dans le monde d’Erion.

Le jeu vous permet tout d’abord d’incarner Gwendolyn, une Valkyrie qui n’est autre que la fille du roi-démon Odin. A la tête des armées de Ragnanival, vous allez devoir partir à la conquête du monde, en proie à une guerre qui dure depuis une éternité ! Vous traverserez d’autres royaumes tels que Titania, Valentine, Ringford, Endelfia ou Volkenon, afin d’en découvrir davantage sur cette mystérieuse et tragique prophétie de l’Armageddon, que vous allez devoir éviter… La source de tous ces maux est un artefact appelé le « chaudron », qui délivre toute sa magie au monde que vous connaissez… Et forcément, il titille les envies et les ambitions de chacun…

Au final, pour terminer le jeu, vous allez devoir boucler cinq scénarii : celui de Gwendolyn qui vous est proposé d’entrée, puis les destins entremêlés de Velvet la sorcière rouge, Oswald le chevalier noir, Cornelius et Mercedes.

Chaque scénario apporte du background à chaque personnage, et les cinq forment un tout qui va vous permettre de déficeler cette intrigue sans doute moins naïve qu’il n’y paraît : derrière ces graphismes enfantins, et une histoire qui semble candide de prime abord, se cache un récit plus complexe, avec des enjeux, des choix, des conséquences à des événements qui se sont déroulé au préalable… On y parlera aussi de mort, de trahison, d’amour impossible…

On est à la fois captivé par ces histoires, mais l’on découvre en même temps l’un des premiers défauts du jeu : au niveau de leur déroulé et du gameplay, on remarque vite que ces cinq scénarii se ressemblent, et arrivé au quatrième, un sentiment de redondance s’installe…

Une vraie rehausse ?

OSL Storybook (4)

Voilà la question qui suscite à la fois les envolées de satisfaction, et les critiques ! Odin Sphere remasterisé, c’est bien, et c’est en même temps un peu décevant !

On aime, on admire, et on s’émerveille sur le fabuleux travail réalisé ! Les graphismes étaient déjà somptueux pour l’époque, avec leur style manga et la colorisation qui semble faite main. Sur une console plus récente (PS3, PS4 ou Vita), cela devient féerique !

Les couleurs vous éclatent à la figure, le chara-design est parmi les plus beaux dans ce style graphique, le tout porté par une bande-son magnifique. Pas de doute, si on ne savait pas que le jeu date de 2008, on pourrait facilement le prendre pour une production actuelle. Quand je vous disais qu’à l’époque, il était en avance sur son temps…

Cette remasterisation est aussi l’occasion, pour les développeurs, de nous proposer un jeu beaucoup plus fluide, plus rapide, plus ergonomique. Les combos s’enchaînent plus facilement, les ennemis sont moins lents et rigides qu’avant, on ressent à peine cette gestion de la fatigue qui faisait autrefois qu’après un enchaînement, votre personnage devait reprendre son souffle pendant quelques instants… Le gameplay est devenu tout simplement plus savoureux !

Mais comme je l’ai dit, ce « remix » sait aussi nous décevoir ! Rien de grave je vous rassure, mais c’est cette fois le contenu du jeu qui est en cause : OSL est trop proche de sa matrice, au point de proposer un contenu quasi identique. Peu de bonus, pas de nouveaux chapitres… C’est juste le même, en plus beau !

Evidemment, vous trouverez quand même des nouveautés, des ajouts et ajustements : j’ai déjà évoqué le gameplay amélioré, je pourrais aussi parler de l’ajout de nouveaux ennemis, d’artworks de transition redessinés, de musiques encore plus belles… La nouveauté la plus marquante concerne l’inventaire : ici, les nombreux objets collectés sont désormais rangés en catégories, quand ils étaient autrefois fourrés en vrac dans votre besace.

Notez d’ailleurs que, quand vous débuterez le jeu, vous aurez justement le choix de faire le soft dans sa version originale, ou dans sa version remasterisée. Les différences étant infimes, le plus significatif concernant notamment la gestion de votre inventaire (voir la fin du paragraphe précédent). Voilà une initiative qui comblera les fans de la première époque !

Et si vous êtes du genre à aimer souffrir, si vous aimez qu’un jeu vous fasse mal (si vous êtes masochiste, quoi), OSL vous propose un « new game + » appelé « Hell » ! Vous recommencerez alors le jeu avec tous les acquis de votre première partie, mais avec des ennemis plus retors, et surtout une barre de vie limitée à 200 !

Certes, tout cela est déjà énorme, et vous en donne pour votre argent, me direz-vous… Je suis entièrement d’accord ! Mais je persiste sur le fait que, sans doute parce que comme les plus anciens d’entre vous je connais déjà le jeu, j’aurais vraiment aimé découvrir de nouveaux personnages à suivre, de nouveaux scénarii à boucler, du contenu inédit…

RPG ou Action-Game ?

OSL Storybook (5)

Mais c’est une très bonne question, ça ! Et j’aurais tendance à vous répondre : ni l’un, ni l’autre… Ou plus exactement : les deux, mon capitaine !

Dans le gameplay, nous allons en effet retrouver une succession de niveaux à traverser (avec des boss de mi-niveau et de fin de niveau), avec un système de combat en temps réel : comme dans un bon beat’m all, vous bastonnez en enchaînant vos meilleurs coups pour nettoyer le tableau des ennemis qui vous y attendent. Les niveaux sont des boucles, comprenez par là que, si vous avancez tout droit, vous allez repasser par le point de départ du niveau. Attention donc, à ne pas vous perdre, car il vous faudra repérer sur la mini-carte les icônes correspondant à votre point d’arrivée et la (ou les) sortie(s).

OSL est donc un beat’m all ? C’est plus compliqué que cela. Car outre le scénario et le level-design (ainsi que le chara-design) dignes des meilleurs RPG, le soft emprunte toutes les mécaniques de levelling aux jeux de rôle : expérience de combat, magies à débloquer et à upgrader, gestion des items et de l’équipement, avec une touche de crafting (des potions ou effets à créer à l’aide des très nombreux collectibles à ramasser dans les niveaux… De manière moins aboutie que dans « Atelier », vous allez aussi faire de la cuisine)… Là, nous avons clairement le fonctionnement du RPG !

Et cela tombe bien, car c’est bel et bien la couleur qui domine le titre ! En témoigne encore l’arbre de compétences que vous devrez développer grâce aux orbes de magie que vous amassez après avoir vaincu vos ennemis. Les skills deviennent de plus en plus élaborés (ils se déclenchent en appuyant sur L1, pour afficher les pouvoirs que vous pouvez lancer), et vous devrez d’ailleurs les sortir de plus en plus souvent en progressant, car plus vous avancez dans le jeu, plus les ennemis sont nombreux et puissants… Et il arrive un moment où le simple coup d’épée ne suffit plus !

C’est une grosse prise de risques de la part des développeurs, car si le mélange des genres est mal dosé, le fan de plate-formes comme le fan de RPG vont vite décrocher. Mais ici, cette union qui peut devenir contre-nature dans d’autres titres est habilement menée, et quelles que soient vos affinités avec l’un ou l’autre des genres, vous risquez fort de vous accrocher pour un bon moment…

On pourrait cependant reprocher à OSL de créer une frustration : par son ambiance, il donne envie de jouer à un RPG. Mais une mécanique est absente du titre, à savoir l’exploration ! Certes, il y a beaucoup de trésors à trouver dans les niveaux, mais vous ne trouverez ici aucun village à fouiller ! Tout au plus, votre palais, qui n’est ici qu’un niveau comme les autres (mais dénué d’ennemis), vous propose quelques dialogues avec des PNJ ou une boutique… Mais vous ne pourrez pas, dans OSL, fouiller votre ville natale de fond en combles. L’exploration se limite à quelques niveaux vides d’ennemis, avec des coffres ou des jarres à piller…

Au final

Odin Sphere Leifthrasir, ça a la couleur d’un RPG, ça en a aussi la saveur, mais ça n’en est pas un ! On pourrait le croire en regardant la jaquette du jeu, en lisant son synopsis, ou en admirant sa féerique direction artistique. Oui, mais une fois la manette en main, le titre dévoile sa maîtrise de l’action RPG/Plate-formes !

Pour le design de ses personnages, pour son style graphique, ou par son scénario, OSL est une expérience très plaisante, accrocheuse, et qui va vous plonger dans un conte baigné de créatures et personnages issus des mythologies scandinaves.

A l’heure où Sony enchaîne les « remastered HD », cette revisite d’un hit du passé est une vraie réussite. Plus beau, plus jouable et toujours aussi merveilleux, VanillaWare nous prouve que c’est possible de ressortir un jeu de 2008 du placard pour en faire l’un des meilleurs titres du moment. Ses qualités sont grandes, et ses défauts sont suffisamment anecdotiques pour que l’on passe vite l’éponge dessus…

Ceux qui ont fait le jeu, à l’époque, laisseront couler une petite larme d’émotion… Les autres se décrocheront la mâchoire ! Un titre qui tranche totalement avec les productions actuelles, mais un hit à découvrir absolument !


Verdict

Odin-Sphere-Leifthrasir-PS3

Une petite merveille ! Un jeu à faire si vous ne connaissiez pas la version d’origine ; si vous le connaissiez déjà, il y a de fortes chances qu’il soit déjà en votre possession…

18/20

Les + :

  • La direction artistique féérique, pour ne pas dire magnifique
  • Le chara-design tout mimi
  • La bande-son
  • Le jeu est traduit en français (sous-titres) avec choix des voix japonaises
  • Beaucoup plus fluide et ergonomique qu’avant
  • Jeu sous-titré en Français
  • Une bonne durée de vie
  • Un new-game + pour du challenge plus hardcore
  • Une vrai progression dans la difficulté
  • De nouveaux artworks de transition
  • Du combat, des super-combos, du crafting… Il y en a pour tous les goûts

Les – :

  • Au bout d’un moment, les cinq scénarii se révèlent redondants
  • Le jeu se limite à une succession de tableaux, pas vraiment d’exploration
  • La rehausse n’est que technique, mais hélas pas sur le contenu
  • Quelques bizarreries dans la traduction

Odin Sphere Leifthrasir, par VanillaWare pour Atlus et Nis America, sur PS3, PS4 et PS-Vita. Pegi : 12.

Test réalisé sur une version fournie par l’éditeur.

Site officiel

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